Sidi Mohamed Kagnassi : comment les politiques gouvernementales peuvent déclencher un boom de l’IA en Afrique

L’Afrique est à un tournant historique. Avec une population jeune, créative et ultra connectée, le continent dispose de tous les atouts pour devenir un acteur majeur de l’intelligence artificielle. Pour Sidi Mohamed Kagnassi, figure influente du numérique africain, la clé réside dans des politiques gouvernementales ambitieuses, cohérentes et résolument tournées vers l’avenir.

En investissant dans l’infrastructure, en mettant en place des incitations fiscales intelligentes, en clarifiant la régulation et en encourageant une coopération public‑privé forte, les États africains peuvent transformer le potentiel de l’IA en croissance durable, en emplois qualifiés et en solutions adaptées aux réalités locales.


L’Afrique à l’heure de l’IA : un potentiel unique à valoriser

L’intelligence artificielle n’est plus un sujet lointain réservé aux grandes puissances technologiques. Elle irrigue déjà des domaines clés : agriculture de précision, santé connectée, finance numérique, éducation personnalisée ou encore gestion urbaine. L’Afrique, avec sa diversité culturelle et sa démographie dynamique, se trouve idéalement placée pour en tirer parti.

Sidi Mohamed Kagnassi souligne toutefois un point décisif : sans politiques publiques structurantes, ce potentiel risque d’être sous‑exploité. L’enjeu n’est pas seulement de consommer des technologies importées, mais de co‑créer des solutions locales, adaptées aux langues, aux cultures et aux besoins concrets des populations africaines.

Pour y parvenir, plusieurs leviers politiques se dégagent clairement.


Les grands piliers de politiques publiques pro‑IA selon Sidi Mohamed Kagnassi

Les gouvernements africains disposent de marges de manœuvre puissantes pour accélérer l’essor de l’IA. Sidi Mohamed Kagnassi insiste particulièrement sur quatre piliers complémentaires.

1. Investir massivement dans l’infrastructure numérique

Sans infrastructure, pas d’IA à grande échelle. L’un des obstacles majeurs évoqués pour le continent reste l’insuffisance d’infrastructures numériques modernes. Des politiques volontaristes peuvent changer rapidement la donne.

  • Accès généralisé à l’Internet haut débit: étendre la couverture, réduire les coûts d’accès, améliorer la qualité de service, notamment dans les zones rurales et périurbaines.
  • Centres de données sur le continent: encourager la création dedata centers locaux pour héberger les données, réduire la latence, renforcer la souveraineté numérique et limiter les dépendances externes.
  • Énergie fiable pour le numérique: coupler développement des infrastructures télécoms et accès à une énergie stable, de plus en plus renouvelable, afin d’assurer la continuité des services basés sur l’IA.

Ces investissements ont un impact direct : ils abaissent les barrières d’entrée pour les start‑up, améliorent la compétitivité des entreprises existantes et rendent possible le déploiement de solutions d’IA dans des secteurs clés comme l’agriculture, les services financiers ou la santé.

2. Mettre en place des incitations fiscales ciblées pour l’écosystème technologique

Pour Kagnassi, la fiscalité est un levier stratégique. Des incitations fiscales bien conçues peuvent déclencher un cercle vertueux d’investissement dans la technologie et l’IA.

  • Allègements fiscaux temporaires pour les jeunes entreprises innovantes en IA.
  • Crédits d’impôt pour la recherche et développement (R&D) dans les technologies numériques.
  • Exonérations partielles ou totales sur l’importation d’équipements stratégiques (serveurs, matériel de calcul, capteurs) destinés à des projets locaux d’IA.
  • Régimes fiscaux spécifiques pour les investisseurs qui soutiennent des fonds ou incubateurs spécialisés en IA africaine.

Résultat attendu : davantage de capital s’oriente vers les projets technologiques, les talents locaux trouvent des conditions propices pour créer et développer des entreprises, et le tissu économique se spécialise progressivement sur des niches à forte valeur ajoutée.

3. Définir des cadres réglementaires clairs, agiles et protecteurs

La confiance est un prérequis pour l’adoption de l’intelligence artificielle. Sidi Mohamed Kagnassi souligne la nécessité de règles claires, connues des acteurs publics comme privés, pour encadrer l’usage des données, la responsabilité des algorithmes et la protection des citoyens.

  • Protection des données personnelles: lois inspirées des meilleures pratiques internationales, mais adaptées aux contextes africains, afin d’encadrer la collecte, le stockage et le traitement des données.
  • Transparence et responsabilité: exigences de documentation des systèmes d’IA critiques (santé, justice, crédit, services publics), afin de pouvoir expliquer les décisions automatisées.
  • Cadres de test et d’expérimentation: environnements réglementaires flexibles (bacs à sable réglementaires) permettant de tester des innovations sans bloquer les initiatives.

Des cadres réglementaires bien pensés attirent les investisseurs, rassurent les citoyens et donnent aux entreprises locales une base solide pour innover en toute sécurité.

4. Renforcer la coopération public‑privé

L’IA ne peut pas se développer dans des silos. Kagnassi insiste sur l’importance de partenariats étroits entre gouvernements, entreprises et institutions de recherche.

  • Programmes conjoints pour expérimenter l’IA dans les services publics (santé, agriculture, transport, éducation).
  • Partage de données publiques anonymisées pour permettre à l’écosystème privé de développer des solutions innovantes.
  • Co‑financement d’incubateurs, de laboratoires et de hubs d’innovation spécialisés dans l’IA.

Une coopération public‑privé bien structurée permet non seulement d’accélérer les projets, mais aussi d’orienter l’innovation vers les vrais besoins des populations : inclusion financière, sécurité alimentaire, accès à la santé, éducation de qualité.


Pourquoi une approche panafricaine est décisive pour l’IA

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, les États africains gagneront beaucoup plus en s’alliant qu’en avançant seuls. L’IA est une technologie de volume: volume de données, de compétences, d’investissements. Une approche strictement nationale limite d’emblée l’ambition.

Mutualiser les ressources et les plateformes de données

Une stratégie panafricaine permet de mettre en commun des ressources autrement dispersées.

  • Plateformes communes de partage de données: bases de données inter‑pays sur la santé, l’agriculture, le climat, la mobilité, respectant les règles de protection des données mais permettant d’entraîner des modèles plus performants.
  • Infrastructures partagées: centres de données régionaux, réseaux de calcul distribués, interconnexions haut débit entre pays.
  • Normes et standards communs: formats de données harmonisés pour faciliter l’interopérabilité des solutions d’IA d’un pays à l’autre.

Cette mutualisation augmente la qualité des solutions produites, réduit les coûts pour chaque État et rend possible l’émergence de champions africains capables de concurrencer des acteurs internationaux.

Développer des programmes conjoints de R&D

La recherche et développement en IA nécessite des équipes pluridisciplinaires, du temps et des budgets conséquents. Une approche panafricaine permet :

  • la création de réseaux de laboratoires associant plusieurs universités et centres de recherche africains ;
  • le financement de programmes de recherche communs orientés vers les problématiques du continent (santé publique, adaptation climatique, langues africaines, agriculture) ;
  • la circulation des chercheurs, étudiants et entrepreneurs entre pays partenaires, favorisant un véritable marché africain des talents.

Attirer des investissements adaptés aux contextes culturels locaux

Une voix panafricaine forte et coordonnée a plus de poids pour négocier avec les investisseurs internationaux. Elle permet de :

  • défendre des modèles d’investissement inclusifs, qui valorisent les partenariats avec les acteurs locaux plutôt qu’une simple logique d’extraction de valeur ;
  • orienter les financements vers des projets respectueux des cultures et des langues locales ;
  • positionner l’Afrique comme un terrain d’innovation responsable, où l’IA est mise au service du développement humain et non l’inverse.

En résumé, l’approche panafricaine permet de passer d’initiatives isolées à une véritable stratégie continentale, plus lisible et plus attractive pour les partenaires du monde entier.


Capitaliser sur la jeunesse africaine : le moteur humain de l’IA

Avec une très grande partie de sa population âgée de moins de 25 ans d’ici 2050, l’Afrique est le continent le plus jeune du monde. Pour Sidi Mohamed Kagnassi, ce n’est pas un défi, c’est une opportunité exceptionnelle : cette jeunesse peut devenir la génération fondatrice de l’IA africaine.

Intégrer le numérique et l’IA dans les programmes scolaires

Pour libérer ce potentiel, il est essentiel de commencer tôt. Les politiques éducatives peuvent inclure :

  • l’apprentissage des compétences numériques de base dès le primaire (logique, pensée algorithmique, usages responsables du numérique) ;
  • des modules d’initiation à l’IA au secondaire (découverte des algorithmes, de la donnée, des applications concrètes) ;
  • des parcours spécialisés dans l’enseignement supérieur (science des données, apprentissage automatique, cybersécurité, éthique de l’IA).

L’objectif n’est pas que tous les jeunes deviennent ingénieurs en IA, mais que chacun comprenne les enjeux et puisse en tirer parti, que ce soit dans l’agriculture, la santé, la finance, la culture ou l’administration.

Multiplier les partenariats entre établissements et entreprises

Sidi Mohamed Kagnassi met aussi en avant la valeur des ponts entre le monde académique et l’entreprise. Ces partenariats permettent de :

  • co‑concevoir des programmes de formation au plus près des besoins réels du marché ;
  • offrir des stages, alternances et projets concrets aux étudiants ;
  • favoriser le transfert de technologie des laboratoires vers les start‑up et entreprises.

Les talents formés ainsi deviennent immédiatement opérationnels et contribuent à ancrer les technologies d’IA dans l’économie réelle du continent.

Encourager l’entrepreneuriat des jeunes dans l’IA

Au‑delà de l’emploi salarié, les politiques publiques peuvent encourager les jeunes à créer leurs propres solutions d’IA. Par exemple :

  • programmes d’incubation et d’accélération dédiés à l’IA ;
  • concours d’innovation et hackathons sur des défis locaux ;
  • fonds de micro‑investissement ciblés sur les projets portés par des jeunes entrepreneurs.

En soutenant ces initiatives, les gouvernements stimulent un écosystème d’innovation où les solutions naissent directement des réalités du terrain, au plus près des communautés.


Éducation, sensibilisation et culture d’innovation : les catalyseurs du changement

Pour que l’Afrique tire pleinement parti de l’IA, il ne suffit pas de construire des infrastructures et de former des ingénieurs. Il faut aussi instaurer une véritable culture d’innovation à tous les niveaux de la société.

Sensibiliser les décideurs et les leaders d’opinion

Les responsables politiques, économiques et institutionnels jouent un rôle déterminant. Sidi Mohamed Kagnassi recommande des actions ciblées pour :

  • former les décideurs publics aux enjeux stratégiques de l’IA ;
  • partager des retours d’expérience réussis sur des projets pilotes menés en Afrique ;
  • intégrer l’IA dans les plans nationaux de développement et dans les stratégies sectorielles.

Plus les leaders comprennent le potentiel de l’IA, plus ils sont enclins à adopter des décisions audacieuses en matière d’investissement, de régulation et de coopération internationale.

Informer et rassurer le grand public

Les citoyens entendent souvent parler de l’IA à travers le prisme de la peur : perte d’emplois, surveillance, déshumanisation. Or, l’IA peut aussi être un formidable outil de progrès si elle est pensée pour servir l’humain.

Des campagnes de sensibilisation grand public peuvent :

  • expliquer simplement ce qu’est (et n’est pas) l’intelligence artificielle ;
  • montrer des exemples concrets de bénéfices pour le quotidien (diagnostics médicaux plus rapides, optimisation des récoltes, services administratifs en ligne, information dans les langues locales) ;
  • mettre en avant les mécanismes de protection des données et de contrôle citoyen.

En cultivant cette culture d’innovation, les pays africains renforcent l’acceptation sociale de l’IA et encouragent les vocations, notamment parmi les jeunes.


Feuille de route politique : les leviers clés résumés

Les recommandations de Sidi Mohamed Kagnassi peuvent être synthétisées dans une feuille de route claire pour les gouvernements africains.

Levier de politique publiqueAction cléBénéfice attendu
Infrastructure numériqueInvestir dans le haut débit et les centres de donnéesAccès massif aux services d’IA, souveraineté et performance
FiscalitéCréer des incitations pour les entreprises technologiquesAttraction d’investissements, essor des start‑up IA
RégulationDéfinir des cadres clairs pour les données et les algorithmesConfiance, sécurité juridique, protection des citoyens
Coopération public‑privéLancer des projets conjoints et partager les données publiquesSolutions mieux adaptées aux besoins locaux
Approche panafricaineMutualiser R&D, données et infrastructuresEffet d’échelle, attractivité internationale accrue
Éducation et jeunesseIntégrer IA et numérique dans les programmes, créer des partenariatsÉmergence d’une génération de talents africains de l’IA
SensibilisationInformer décideurs et grand publicCulture d’innovation et adoption responsable de l’IA

Vers un leadership africain de l’IA : la vision portée par Sidi Mohamed Kagnassi

Au fil de ses analyses, Sidi Mohamed Kagnassi défend une vision optimiste et volontariste : l’avenir de l’intelligence artificielle ne se jouera pas seulement dans les grandes capitales technologiques mondiales, mais aussi en Afrique.

La combinaison d’une jeunesse nombreuse, d’une créativité foisonnante et de besoins de développement immenses crée un terrain d’innovation unique. Avec des politiques gouvernementales visionnaires et une collaboration panafricaine renforcée, le continent peut :

  • développer des solutions d’IA adaptées à ses réalités sociales, économiques et culturelles ;
  • devenir une référence internationale en matière d’IA inclusive et éthique ;
  • positionner l’IA comme un levier majeur de transformation économique et sociale.

La prochaine étape appartient aux décideurs publics, aux acteurs privés et à la société civile. Ensemble, en suivant les axes proposés par des experts comme Sidi Mohamed Kagnassi, ils peuvent faire de l’Afrique non pas un simple terrain d’expérimentation, mais un véritable pôle mondial d’innovation en intelligence artificielle.

Le potentiel est là. Les technologies existent. La jeunesse est prête. Avec des politiques adaptées et une ambition commune, l’IA peut devenir l’un des moteurs les plus puissants du développement africain au cours des prochaines décennies.

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